28 mars 2009
Climatisation je te hais !
Oh là, là plus de dix jours sans chronique, au niveau de la fidélisation des lecteurs c’est une véritable catastrophe…Et en plus ce billet est pour vous dire que je suis malade, pas très porteur comme sujet. Je vais essayer quand même !
Mercredi se tenait un congrès, ce genre d’endroit où je me sens toujours un peu en visite. Arrivée en avance, je sirote mon petit café en piochant dans les viennoiseries mais je fais attention de garder ma main droite non grasse, socialement c’est la base. Chacun regarde la petite étiquette de ses voisins accrochée à la veste, des mains se serrent, des contacts se créent, des cartes de visite s’échangent. Jai du mal à me dire que je fais partie de ce monde là et pourtant je le fais aussi, je me présente, je serre des mains…
Les débats vont commencer dans la grande salle, j’y vais avec un collègue, pas trop loin, pas trop près, plutôt au milieu, parfait mais très vite il y a un truc qui me dérange. Je me tourne vers C. « Il fait froid non ? », « Euh…non, moi ça va ». Oui mais moi ça va pas du tout, je sens des courants d’air partout, je remets ma veste, j’enroule mon écharpe autour de moi, je m’enfonce dans mon siège. On ne me voit plus mais j’ai froid quand même ! C’est comme si je sentais, le virus me grimper dessus, je l’aperçois presque, je l’entends se dire « Allons-y elle a l’air bien vulnérable cette petite, son système immunitaire bien faible, on va l’avoir ! ».
Pause déjeuner, tout le monde migre dans une autre salle où il fait très chaud !!!! Je comprends alors qu’il s’agit d’un complot, le « chaud-froid » il n’y a rien de pire, je ne peux pas lutter. L’après-midi, je suis déjà dans un semi-brouillard, mal de tête, frissons, courbatures. Avant de rentrer à la maison j’ai encore le réflexe de faire le stock de mouchoirs en prévision des jours à venir.
Au bureau, mes collègues sont surprises « Mais arrête de parler avec cette voix de canard c’est ridicule ». C’est pas ma faute ! J’éternue, je tousse, j’évite les miroirs et je me console en me disant que j’aide l’industrie du mouchoir en papier à faire face à la crise.
16 mars 2009
Une autre vie que la mienne...
Aujourd’hui ce n’est pas comme tous les jours, aujourd’hui je ne vais pas au bureau, je ne vais pas prendre le train non plus, aujourd’hui je ne travaille pas. Le ciel a pris une couleur festive pour m’accompagner au cours de ma journée particulière, hors de ma vie de tous les jours, une bouffée d’air.
Elle commence chez le dentiste tôt le matin avec une jolie dent toute neuve en porcelaine, un café en terrasse et regarder les gens qui passent. Mon prochain défi est de trouver un salon de coiffure ouvert le lundi, je le trouve rue de Rennes. Je n’ai pas de rendez-vous, j’arrive comme ça…non aujourd’hui je n’ai pas de rendez-vous, je n’ai pas de réunion, je n’entends pas le petit « bip » à chaque fois que je reçois un mail (il va me rentre dingue ce petit « bip » !). Pendant qu’elle colore mes cheveux, je rattrape mon retard en info people…Dans la rue je souris, je sors mes lunettes de soleil, j’envoie des textos à ceux qui travaillent pour leur dire qu’il fait beau « Mais qu’est ce que tu fous, tu ne bosses pas ? ».
A la Fnac, je flâne, j’achète quelques livres et je vais regarder dans les rayonnages à la lettre « C », et oui je suis encore là, c’est fou ils en ont recommandé ! Il faut que j’écrive à mon éditeur.
Je vais déjeuner sous la petite verrière éphémère installée devant l’épicerie du Bon Marché. Il fait chaud, tous les gens qui déjeunent autours de moi sont beaux et bien habillées. La femme qui déjeune en face de moi à d’incroyables chaussures à très hauts talons en daim fushia et des collants fushias. On échange quelques mots, elle travaille au Bon Marché, avant de partir elle enlève l’accroche-sac qui était fixé à la table, un bel objet en métal avec une pastille fushia. Je n’en reviens pas que cela existe une femme qui a dans son sac un accroche-sac pour les tables de resto ! Je feuillette négligemment le ELLE Spécial Maigrir en croquant dans mon macaron au chocolat, je ne me sens pas hyper concernée par le dossier. Je ne m’attarderai pas sur mon dysfonctionnement physiologique, « plus je mange, plus je maigris », ça énerve mes copines !
J’ai rendez-vous à 15 heures avec D. au bassin du Jardin du Luxembourg, comme il y a vingt ans quand nous étions au Lycée Montaigne…Peut être qu’en marchant rue d’Assas, je vais tomber sur Madame Duhamel (oui la femme d’Alain), notre professeur de musique qui habite toujours là. Elle était si drôle ! Je regarde les lycéens, je ne me sens pas différente avec mon jean slim taille 36, mes Converses et mon blouson en cuir. J’aimerais bien encore aller en cours de musique avec Madame Duhamel au Lycée Montaigne !
Il y a beaucoup de monde dans les allées du Luxembourg, mais que font les gens ? C’est la guerre des chaises autour du bassin mais aujourd’hui je ne me bats pas et je m’assois sur le rebord. D. arrive, elle non plus n’a pas changé, elle a juste une poussette devant elle avec une petite fille blonde aux yeux bleus dedans…
J’ai aimé cette journée entre parenthèses ensoleillées, demain je reprends ma vie.
15 mars 2009
Sur un trapèze
On dirait qu’on sait lire sur les lèvres
Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze
On dirait que sans les poings on est toujours aussi balèzes
Et que les fenêtres nous apaisent
On dirait que l’on soufflerait sur les braises
On dirait que les pirates nous assiègent
Et que notre amour, c’est le trésor
On dirait qu’on serait toujours d’accord
J’ai traqué les toujours, désossé les déesses
Goûté aux alentours, souvent changé d’adresse
Ce qui nous entoure, l’extension de nos corps
Quand nous sommes à l’écart, mineurs, chercheurs d’or
Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?
Quand faut-il être pour ?
Que faut-il être encore ?
Peut-être que la nuit le monde fait la trêve !
Et qu’aujourd’hui ton sourire fait grève ?
Alain Bashung
14 mars 2009
Adrénaline
C’est demain matin, je dois me lever à 5h30 pour aller prendre le train. La réunion commence à 9 heures, sur le planning mon passage est prévu à 10h20. J’aurais préféré passer tout de suite, être débarrassée.
C’est demain mais ce soir c’est la soirée d’inauguration du Salon du Livre et j’aimerais quand même y faire un petit tour. Allez juste un petit tour…Je retrouve A. devant l’entrée, il est motivé et il a même apporté deux manuscrits avec lui pour les transmettre aux éditeurs qu’il connaît. Il est 20 heures et il y a déjà beaucoup de monde Porte de Versailles. Avec mon grand sac (plein de dossiers et de documents pour le lendemain), je me fais bousculer dans tous les sens. Il semble y avoir une ouverture vers le bar à champagne du côté de chez Grasset, A. est très doué pour se faufiler au milieu des people. Il a aussi beaucoup de succès auprès des vieilles dames permanentées « Il faut oser jeune homme ! », il ne m’oublie pas et je récupère au vol ma coupette de champagne !
On se fixe des objectifs : le premier qui reconnaît cinq people chez Gallimard ! Il hésite à aller aborder Karine Tuil qu’il connaît mais bon quand même si elle ne se souvient pas de lui c’est un peu la honte…Nous nous séparons pour aller saluer nos éditeurs respectifs, Le Bord de l’Eau pour moi, Flammarion pour lui. Ah tiens, mon livre est toujours là, je suis contente de la voir encore ma petite « Constance » ! L’heure tourne, je sens que le stress me rattrape, je fais mes adieux à A. et au salon, je passe devant le studio de France Culture où il y a beaucoup de bulles aussi…
Avant de me coucher, je fais une dernière répétition, je dose toujours mes répétitions entre apprendre par cœur certaines phrases et laisser une marge d’improvisation. Rien de pire que d’écouter quelqu’un qui récite mécaniquement son texte ou celui qui lit ses notes. J’ai des mots clés, des enchainements et du flou autour. Je vérifie pour la dixième fois que mes trois réveils sont bien sur « on » et sont bien réglés à 5h30.
Dans le train, je retrouve deux collègues, je ne répète pas, je ris avec elles. A l’arrivée je fonce dans la salle encore vide et je vais directement voir la coordinatrice de la matinée. Je m’assure qu’elle a bien mis sur l’ordi la dernière version de ma présentation, je fais passer mes slides, je tripote les micros, je marche sur la scène pour voir comment ça fait, je mesure l’espace. Il y a à peu près trois cents places, bizarrement le grand nombre de personnes n’est pas quelque chose qui m’inquiète, je sais bien que face à une foule, je ne vois aucun visage.
Je m’assois en bout de rang, devant, pour me lever facilement quand ce sera mon tour. Toutes mes collègues se mettent sur ma rangée, « On va t’applaudir !!!! ». C’est commencé mais je n’entends rien, je n’arrive pas à me concentrer, mentalement je me repasse toute ma présentation. J’entends mon cœur qui bat vite, j’ai l’impression qu’on le voit se contracter puis éjecter le sang à travers le mince tissu de ma robe. Je ne sais pas très bien si j’ai froid ou si j’ai chaud mais je sais que mon taux d’adrénaline est au maximum, qu’elle circule à toute allure dans mon corps.
C’est à moi, je monte lentement les trois marches qui mènent à la scène et je prends le micro que l’on me tend, je n’ai aucun document avec moi.
Voilà c’est fini, les gens viennent me dire un mot gentil, « Vraiment c’était bien », « J’ai appris plein de trucs ! ». Dans le train du retour, je sombre dans le sommeil, c’est le soleil parisien qui me réveille. Je rallume mon portable, A. me demande si j’ai fait un carton, il a eu un super contact avec une éditrice de l’Olivier….Il est quinze heures, je retourne au bureau.
11 mars 2009
Les voyageurs du petit matin
Les matins où je pars tôt de la maison pour aller prendre le train vers une réunion à la campagne (trois fois cette semaine !), je râle….Je râle contre ces réveils brutaux alors que je jour n’est pas levé, contre ce café vite avalé et contre cette traversée de Paris en métro pour atteindre la gare.
Dans le métro je ne suis pas seule, la rame est toujours pleine mais la population y est très différente de celle des heures de pointes, des horaires de bureaux. A cette heure là ce sont d’autres travailleurs, plus modestes sans doute. Ils ne sont pas énervés, ils sont épuisés et silencieux. Ils portent sur leur visage toute une vie de réveils matinaux, une tristesse, une lassitude. Beaucoup somnolent, la plupart ont le regard un peu vide, c’est une étrange atmosphère. Une place se libère, je vais m’asseoir et j’ouvre mon livre « En attendant les barbares » de J.M Coetzee, ce n’est pas une bonne idée cette lecture violente si tôt. Je referme le livre et je regarde mes trois voisins. Trois hommes auxquels il est bien difficile de donner un âge, ils ont chacun le visage très marqué, des rides profondes, des cheveux blanchis, le corps affaissé, sans énergie. Je me sens si triste tout d’un coup. Changement de ligne, le métro arrive quasi à vide, sur cette ligne il y a très peu de voyageurs du petit matin.
Puis c’est la gare, le train et enfin la campagne…Les gens arrivent à leur bureau, ils rapportent des fleurs de leur jardin, ils prennent leur café, ils rient. Ils sont à des années lumières de mes voisins du métro…
08 mars 2009
Café Littéraire
Bon je l’avoue assise dans le train pour Blois je me demandais bien vers quoi j’allais…J’avais dit oui par curiosité, flattée d’être invitée à mon premier Café Littéraire et puis là tout d’un coup je ne savais plus très bien. Le livre est sorti il y a plus d’un an, comment croire qu’à Blois des gens aient envie de venir m’écouter en parler. Je vais droit devant un bide assourdissant mais ce n’est pas grave finalement, cela fera une anecdote à raconter, un petit moment de solitude à prendre avec du recul et le sourire.
Je traverse la campagne et je m’arrête dans des gares aux noms inconnus de moi, « Mer », « Maing sur Loire »…Me voilà à Blois, je suis attendue. La première étape de la journée c’est le déjeuner au « Liber-Thé », un endroit étonnant, des livres de haut en bas, des tartines savoureuses et un brownie à la noisette qui me plaît bien !
Direction le château de Blois, peu de visiteurs, le château est à nous. Des quatre ailes du château, gothique, flamboyant, renaissance, classique c’est celle de François Ier que je préfère avec son escalier en vis ! Mais c’est bientôt l’heure que j’entre en scène, je n’ai rien préparé, j’ai juste choisi le passage que j’avais envie de lire. Pas trop long, pas trop court, j’ai choisi un extrait de la première nouvelle, celle que les gens ont le plus aimé d’après les retours que j’ai eu. Ouh là là il y a du monde au « Liber-Thé », l’autre auteur invité est originaire de Blois. La sympathie qu’elle suscite fait des ricochets sur les ventes de mon recueil de nouvelles, je dédicace rapidement dix exemplaires, c’est un triomphe ! Il y a une vraie chaleur humaine, un vrai enthousiasme pour les livres dans ce salon de thé. Je ne sais pas si j’en parle bien de mon livre, j’agite les mains, j’essaie d’expliquer l’idée de départ. Je raconte une nouvelle fois comment tout a commencé, que je n’ai rien demandé…Que c’est comme un accident, un merveilleux accident, une rencontre qui a donné envie d’écrire sur des rencontres.
Le temps passe vite et tous les livres sont vendus. La lumière baisse sur la ville, un crochet par la librairie associée à ces rencontres littéraires mais je n’ai plus de livre à vendre. Ma chaise derrière la table des dédicaces reste vide et je vais me promener dans les étages de la librairie. C’est l’heure du retour à Paris et celle des cadeaux de départ, des fleurs, du vin de Loire, des chocolats, c’est incroyable. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je n’attendais rien et j’ai beaucoup reçu.
La plus belle avenue du monde ?
Journée de formation sur les Champs-Elysées, à l’heure du déjeuner mes petits camarades se dirigent en groupe vers un restaurant, je leur fausse discrètement compagnie…Ils sont sympathiques mais j’ai envie de marcher, de m’aérer, de descendre puis de remonter les Champs en grignotant.
C’est un quartier plus fréquenté par les touristes que par les parisiens, c’est un univers qui ne m’est pas très familier. Je vais marcher comme une touriste et essayer de ressentir l’émerveillement de marcher sur la plus belle avenue du monde.
Depuis la mise en place du plan Vigipirate les poubelles ont disparu des Champs, en conséquence les trottoirs sont jonchés de détritus. J’assiste à des scènes qui mettent mal à l’aise, les serveurs des cafés en terrasse tentent d’éloigner des clients les femmes qui mendient. Elles s’éloignent en portant leurs enfants dans les bras puis reviennent, elles passent la journée sur les Champs. La misère quotidienne côtoie les vitrines de luxe sous le regard interloqué des touristes.
28 février 2009
Cruella
Catherine m’a juste dit de m’habiller en noir et d’amener des cigarettes. Elle m’a parlé de son envie de me voir en « méchante ». Je me suis maquillée mais à l’aide d’un crayon à lèvre elle me dessine une bouche plus à vif. Elle m’enroule dans un manteau noir à capuche (Marie Labarele) et me met une pomme dans les mains. Je monte sur une petite table de la terrasse ensoleillée, derrière moi c’est la « forêt » et le Sacré Cœur. Je tends la pomme vers une Blanche-Neige imaginaire. Retour dans l’appartement sur un mur blanc, je joue avec une rose rouge, la « méchante » devient une « madone » trop douce, hors sujet !
Changement de manteau, changement de personnage, je suis Cruella avec un manteau tacheté. Avant de grimper à l’échelle sur la terrasse du toit face à Beaubourg il faut préparer les accessoires…On fabrique de la neige, de la poudre blanche achetée aux Etats-Unis, quelques gouttes d’eau et c’est de la magie, de la neige se forme. Dans un aquarium rond on installe la neige et des figurines de dalmatiens. Je le porte à bout de bras, je l’approche de mon visage, je souffle dans la neige, elle en met dans mes cheveux. Je commence à sentir les crampes dans les bras, mon visage se crispe, je perds la pose. Faisons une pause. Je m’allonge par terre dans mon manteau cocon, « Oui c’est bien, reste comme ça, ferme les yeux, fais moi la belle endormie dans une forêt enneigée ».
Jeu de miroir, sourire au miroir, oublier d’être méchante et essayer d’être charmante, ne pas froncer les sourcils, lisser mon visage entre deux rafales de prises de vue pour garder de la fraicheur. L’après-midi avance, le maquillage est plus flou, bizarrement la fatigue me détend, elle m’allume une cigarette et me shoote dans un halo de fumée. Je fume clope sur clope derrière un foulard rouge, c’est ma série préférée.
Un grand tissu rouge bouillonne sur le sol, le miroir, je porte une robe toute en transparence, quatre voiles gris, elle prend mon reflet en photo. Une dernière série, dans les toilettes !!! Il y a un mur framboise à exploiter. Je monte sur le siège des toilettes et je tourne, mes voiles, mes cheveux, il faut que ça bouge.
La séance est terminée, Catherine va retravailler les photos, gommer quelques rides, effacer les cernes…
27 février 2009
Une reine sans couronne
Je n’ai jamais été franchement traumatisée par le dentiste il faut bien le dire, pas de souvenir de douleur profonde…De toute façon je n’ai pas eu le choix, ma dent est toute dévitalisée, elle risque à tout moment de se briser il faut absolument la protéger.
Mon dentiste est un homme sérieux avec de fines lunettes et les cheveux très noirs. Il m’explique clairement et posément les risques, les avantages. Il y a le choix, la version « cheap » et la version « luxe », pour la première option il faut un certain courage. En effet c’est une couronne en métal qui me permettra de passer le casting pour jouer la petite sœur de Robocop. Je n’hésite pas très longtemps, ce sera de la porcelaine ! Je me renseigne quand même, « Mais c’est super fragile la porcelaine ! », il me rassure « Vous savez il y a des freins de Formule 1 en porcelaine ». Parfait, je vais pouvoir continuer à grignoter des cacahuètes avec mon frein de formule 1 dans la bouche.
Il hésite pour l’anesthésie, finalement non, si j’ai mal je n’aurais qu’à lever le bras. C’est parti. Ca fait du bruit mais ça fait pas mal. Je dois faire des grimaces assez expressives, il sourit « Mais vous êtes un clown en fait ». Il me pose des questions alors que je suis dans l’incapacité de lui répondre. Il a terminé de raboter ma dent, en passant ma langue dessus, je sens un trou ! Il me rassure, en attendant ma petite prothèse en porcelaine il va me mettre une « fausse dent ». Tout va bien se passer, d’accord il y a le risque qu’elle tombe cette fausse dent mais tout va bien se passer…Je me mime en train de perdre ma dent en réunion, il pouffe. J’adore faire pouffer mon dentiste.
Pendant qu’il sculpte ma fausse dent pour que l’illusion soit parfaite, il me pose des questions sur mon travail. J’ai toujours la bouche ouverte, « C’est bon, c’est fini, vous pouvez fermer la bouche ». Nous nous revoyons la semaine prochaine, en me serrant la main, il a de nouveau son petit air sérieux, « Si vous avalez cette dent provisoire c’est les urgences directes ! ». Je palis, « Non !? ». « Non, je plaisante ».
Mon dentiste qui pouffe, qui lance des vannes, mais où va-t-on ?
22 février 2009
Ecrire
Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un écrivain. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d’argent, de la solitude, du sentiment d’incompréhension et d’inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d’une certaine vision du monde, d’une exigence, ou plutôt d’une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi c’est mourir. Or, j’ai choisi la vie.
Extrait de « L’usure des jours » de Lorette Nobécourt